Le premier cirque amateur de France

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En 1937

mardi 28 octobre 2014, par Frédéric Helleux

En 1937, notre ville d’Étréchy comptait un peu plus de 1800 habitants. De toutes les activités des Cadets de la Juine, il ne restait que le Cadet’s Circus. Avant la deuxième guerre mondiale, les jeunes menaient une vie relativement rude et avaient une force physique plus importante que les jeunes actuels. Certains étaient acharnés à l’entraînement, n’hésitaient pas à travailler deux ou trois années pour monter un numéro, tout en ne disposant pas des facilités techniques et financières que nous connaissons aujourd’hui.

A l’époque, l’entraînement avait lieu les mardis et mercredis soir, jeudis après-midi, samedis soir et dimanches après-midi. Il est vrai que la télévision n’existait pas, qu’il y avait peu de cinéma : le Cadet’s Circus ou le « Patro » était souvent la seule distraction. Pour s’entraîner à la salle, le survêtement étant encore inconnu, on mettait la petite culotte de sport et très souvent on restait torse nu même en hiver. Evidemment, il n’y avait pas de chauffage, sauf un énorme poêle dans un coin de la salle, pas toujours allumé d’ailleurs.

Le Père André se promenait dans la salle, lisant son bréviaire ou, récitant son chapelet, s’arrêtant parfois pour faire travailler un jeune. Souvent, il s’asseyait sur une chaise d’équilibriste, prenant un jeune sur ses genoux pour lui faire exécuter quelques exercices d’assouplissement.

Le Père André à la salle

Les gosses venaient nombreux au Patronage où le Père André recrutait. Les jeunes garçons travaillaient alors selon leur bon vouloir, sollicitant de l’un ou l’autre adulte, un conseil. Enfant doué d’une grande souplesse, René Genty fut vite remarqué grâce à ses bonnes dispositions et deviendra très vite un excellent acrobate, un des meilleurs de toute l’histoire du Cirque d’Etréchy.
Vers 1937, le Cadet’s Circus donnait quelques spectacles en extérieur en voyageant avec la camionnette de Marcel Daniel. Le Père André écrivait à ses confrères ou aux communautés religieuses pour proposer les services du Cirque. Le prix du spectacle était modique mais il demandait de nourrir les artistes. Le Cadet’s Circus se produisait une seule fois par an à Étréchy, samedi et dimanche, dans cette salle qui n’était pas aussi grande qu’aujourd’hui. Elle arrivait à l’emplacement des quatre piliers. Par contre, l’ouverture dans le grenier avait été faite en 1935 et permettait de présenter les numéros aériens plus haut.

Les costumes étaient dessinés par Monsieur Eluard, artiste peintre, et réalisés par Madame et Mademoiselle (1) Heuillet, épouse et fille de Monsieur Heuillet, bedeau de la Paroisse. Souvent, le Père André réalisait un costume vu au Cirque Médrano. Déjà, le Cadet’s Circus utilisait des strass et les paillettes se cousaient une par une à la main !
La sonorisation était faite avec un pick-up électrique et des disques 78 tours. L’opérateur remettait le disque tant que le numéro était en piste. Ce procédé continuera d’ailleurs bien après la guerre.

L’éclairage n’avait rien de spécial et seul le numéro du tourbillon de Marcel Daniel avait une série de lampes qui s’allumaient au final. Lors d’une fête de nuit, par suite d’une mauvaise isolation, Marcel connaîtra de sérieux problèmes en recevant quelques décharges électriques.

Un programme type de cette époque comprenait une douzaine de numéros avec quelques variantes selon l’effectif.
Traditionnellement, le spectacle s’ouvrait avec « l’Entrée des Gladiateurs ». Les gosses donnaient un charivari réunissant sauts, pyramides et souplesses.
René Amiard était le grand spécialiste des chaises. Il faisait l’équilibre sur cinq chaises empilées l’une sur l’autre, dont la dernière était seulement appuyée en travers sur deux pieds.

Les Cellos (Marcel Daniel et Jean Daleine) présentaient un grand numéro de main à main, réalisant un bel enchaînement de poses plastiques. Ce numéro fut donné en attraction dans un cinéma parisien.
Riquetti (Henri Marteau) travaillait, avec ombrelle, sur fil de fer. Apres un joli travail classique, il terminait en traversant son fil en bicyclette.
"Il y avait encore le main à main à trois réunissant Marcel Daniel, Jean Daleine et René Boissé, un porteur doué d’une force herculéenne. Marcel Daniel était le roi de l’équilibre.

Ensuite venait le numéro à la double barre des « petits marins ». Pierre Leroy arrivait à porter trois voltigeurs, costumés en marins américains. Il y eut les frères Brigand et André Berthelot comme voltigeurs, mais d’autres travaillèrent à ce numéro.

André Coustans travaillait à la corde en V sur laquelle il réalisait pointe de pied, le coucher en travers, et terminait par un tourbillon.
Marniello (Marcel Daniel) était l’attraction vedette avec un numéro de barre fixe aérienne.
Il commençait en tournant le grand soleil, la lune, puis les pieds suspendus à une grande balançoire, il tourbillonnait seulement éclairé par un jeu d’ampoules fixées à son agrès, la salle étant plongée dans le noir.
Jean Daleine travaillait aussi à la corde lisse. Il réalisait une montée en tenant sa corde entre deux orteils. Pour finir, il planait au-dessus des spectateurs suspendu par les dents.
Il y avait, bien sûr, des clowns, une équipe de qualité que supervisait Coco Yau : Tony, Bobino et Charley. Après le départ de Louis Mélart, Louis et Eugène Yau travaillèrent avec Pierre Collet, Henri Lemaître et René Boissé. En extérieur, ils présentaient toujours : le photographe ou le gâteau et la flotte. D’autres entrées furent jouées à cette période à Étréchy : la chambre hantée, la radio, les peintres.
Le public était nombreux. La salle était archi-comble pour les deux séances, dans une chaude ambiance familiale.
En conclusion, quelques anecdotes : Les « grands » étaient invités régulièrement à déjeuner chez le Père André, le dimanche midi. Le repas était préparé par le "Père Doguet", grande père de René.
Au cours de l’entraînement, si quelqu’un faisait un équilibre ou encore si une équipe réussissait une pose de main à main, c’était la fête et le Père André débouchait une bouteille de « Trouillard », un excellent champagne de l’époque.

(1) devenue depuis Madame Jean Daleine