Le premier cirque amateur de France

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Ostrach 1971

mardi 12 août 2014, par Frédéric Helleux

Pour son voyage à Ostrach, le CADETS’ CIRCUS a quelque peu changé depuis qu’il s’est rendu à Lydd en 1969. Toute une équipe de jeunes (en grande partie l’actuelle structure du cirque d’aujourd’hui) est venue épauler la maigre troupe du redémarrage de 1968. Si le déplacement en Angleterre laisse un beau souvenir, le voyage en Allemagne reste à jamais une grande équipée. En effet, faire plus de 1 600 kilomètres avec des véhicules âgés. Emporter trois tonnes de matériel, transporter une bonne quarantaine de personnes, c’est réellement une aventure, et sur ce point nous ne seront pas déçus.
L’année 71 fut une saison difficile. Tout commence en mai avec l’accident de Didier COLINET à la double barre. Lors du trop fameux « saut de la mort ». Didier heurte un des câbles de son appareil et tombe lourdement, blessé sérieusement à la cage thoracique. Il n’est plus question pour lui de voltige aérienne. La séance de juin à Étréchy est annulée mais il reste Ostrach ! Heureusement le CADETS’ CIRCUS ne manque pas de ressources humaines avec des voltigeurs comme Christian CORMON et Bernard TURPIN. La seule ressource qui fait défaut est l’argent. Le Cirque finance seul son voyage et privé de son spectacle à Étréchy, il lui faut une autre source de revenus. Son « imprésario » Jacques ALDRY trouve un spectacle à Martizay (Indre) à plus de 400 kilomètres d’Étréchy et un dimanche soir. Nous ne sommes pas déçus avec des organisateurs de mauvaise foi, un retour héroïque où plus d’un chauffeur manque verser son véhicule dans le fossé, enfin, pour les plus âgés d’entre nous, une arrivée à Étréchy très matinale, le temps de se raser, de prendre son café et de partir au travail. Bref, l’essentiel est atteint : nous avons une avance financière et le CADETS’ CIRCUS part jouer à Ostrach.
Vendredi 2 juillet : 3 heures du matin, le temps est au beau, nous partons. Le voyage est sans problème et le camion arrive à la douane de Strasbourg vers midi. Nous tombons sur des douaniers allemands particulièrement zélés.
Le camion chargé d’un matériel assez hétéroclite ne leur plaît guère. Son responsable Didier COLINET, frise à plusieurs reprises la crise de nerfs mais après mille tractations, le camion franchit le Rhin. Nous arrivons à Ostrach pour prendre un solide repas préparé par nos cuisinières (1) et un repos bien gagné.
Samedi 3 juillet : le temps est toujours au beau. Le cirque s’installe sur l’annexe du terrain de sports. Très vite, le matériel est sorti des camions. Le grand portique est assemblé, boulonné et mis en place. C’est ensuite l’installation des gradins (tout juste construits une dizaine de jours auparavant, avec bien des démêlés) et de l’entourage en toile. Nous sommes fiers de notre nouveau CADETS’ CIRCUS.
Dimanche 4 juillet : après la messe et une rapide collation, les artistes attendent fébrilement. Mais ils sont vite rassurés, les gradins sont remplis, il faut aller chercher des bancs à la salle communale.
Le public est chaleureux, visiblement heureux de recevoir ses amis d’Étréchy. Didier COLINET, toujours handicapé, a pris le frac de Monsieur LOYAL, assisté d’une jeune et charmante traductrice BÉNÉDICTE. Quelques mots du spectacle qui commence par le grand CHARIVARI des AUGUSTES, un mélange de sauts et de pyramides. Au double trapèze, le DUO EIRAC, Christian CHANSARD porte le jeune voltigeur Éric SAVIGNAC, alors débutant. Autre troupe débutante, Francis CORDURIE, Claude et Bernard COSTANTINI sous le nom de « POP’ROLLING » présentent un joli travail d’équilibristes sur boules. Rémy CORDURIE et Guy SAVIGNAC sont les « BAGHERA », mélange de dislocation, de yoga et de main à main. Des clowns ensuite, parlant allemand dans l’entrée de la boxe automatique, RAYNAT (René DOGUET), NONO (Pierre COLLINET) et TEDDY (François COLINET) atteignent leur but : faire rire le public. NOROC (Christian CORMON) clôture la première partie avec le numéro de Didier COLINET présenté à Lydd tout en haut du portique. Voltigeur sans peur, NOROC est longuement applaudi par un public admiratif. « RUDROSS », une fantaisie acrobatique que présentent Pierre CORDURIE en policier anglais et Bernard COSTANTINI en Charlot, se termine par une belle succession de sauts périlleux sur des cubes empilés. C’est ensuite les poses plastiques de main à main du Trio ATLAS (Pierre MAISON, Christian CORMON et Bernard TURPIN) puis SUANG (Rémy CORDURIE) joliment costumé en chinois évolue sur fil de fer. PETER (Pierre CORDURIE) porte BERNART (Bernard COSTANTINI) sur une perche souple dans une présentation bavaroise qui obtient un beau succès populaire. ATOME (Francis THUILLlER), PÉPO (Pierre MAISON), FOX (Michel TERRIEN) et NONO (Pierre COLLINET) ont repris leur succès de la saison 70, l’entrée des « pompiers ». La débauche de matériel et de gags fait rire les spectateurs malgré des répliques données dans un allemand librement traduit. Le spectacle se termine par le grand tourbillon des « DRAN’REB » (Christian CORMON et Bernard TURPIN). Une ultime parade et il faut penser à démonter... Voilà vite, trop vite résumé notre spectacle à Ostrach. Nos amis allemands sont surpris agréablement par le spectacle, son enchaînement et la valeur artistique de la plupart des numéros. Gentille attention, avant la fin de la première partie, Monsieur WERNER, le maire adjoint, propose à ses concitoyens spectateurs une quête qui est acceptée chaleureusement et nous permet de boucher notre déficit. Monsieur GOETZ, alors président du Jumelage, nous dit sa joie et sa fierté de recevoir une jeunesse capable d’un grand exploit que représente, à ses yeux, un spectacle de cirque. Cela fait chaud au cœur des dirigeants et des membres du CADETS’ CIRCUS.
Lundi 5 juillet : le retour n’est pas aussi joyeux. C’est d’abord la fuite de la pompe à huile du gros camion pendant l’ascension du Col de la Schlucht. Heureusement, Jean GAUTIER, calme et compétent, est là. C’est simple, il suffit d’avoir du carton pour refaire le joint et deux bâtons de sucette pour obturer les trous... Avec le savoir-faire de notre mécanicien qui n’est pas au bout de ses peines, c’est ensuite la batterie de la camionnette qui fait des siennes et le radiateur d’eau qui émet des vapeurs suspectes. Jean GAUTIER permute la batterie de sa voiture avec celle de la camionnette et quant au radiateur, il faut le remplir de plus en plus souvent. C’est donc une course contre la montre pour arriver avant la nuit (faute d’éclairage) avec une traversée ultrarapide de Colombey-les-deux-Églises, sans que les gendarmes se manifestent. Il faut alimenter le radiateur, un gouffre à eau. Francis THUILLIER et Pierre COLLlNET n’ont pas leurs pareils pour sortir de la camionnette, remplir le radiateur et repartir jusqu’à l’ultime étape. Nous arrivons vers 19 heures, fourbis et ravis tout de même. C’est un peu « l’exploit » de tous. A travers ce voyage à Ostrach, prend forme le CADETS’ CIRCUS que nous connaissons aujourd’hui. Le petit cirque amateur commence à s’équiper, à entrevoir le spectacle sur une échelle plus vaste, à mettre une autre présentation en place. Et il reste ce goût du voyage, l’accueil charmant de nos amis d’Ostrach que nous aimerions bien retrouver un jour prochain mais avec le chapiteau et notre nouveau spectacle ! L’espoir fait vivre.

(1) Josette CORDURIE, Merryl DOGUET, Sylvette CHANSARD et Marie-Madeleine MAISON se multiplient sans compter pour nourrir une troupe d’affamés.