Le premier cirque amateur de France

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article sur 58

mardi 12 août 2014, par Frédéric Helleux

1958 ... Les Cadets, à cette époque, que faisaient-ils ? Je dirais même : comment vivaient-ils ? Comme leurs prédécesseurs en leur temps, ils avaient reçu un héritage précieux. Cet héritage - le Cirque - il fallait le faire fructifier ; il fallait le faire dans son esprit et dans les faits.

En 1958, période difficile pour une raison grave : beaucoup de nos camarades étaient en Algérie, certains y restèrent des années.
Nous n’étions pas nombreux à la salle le mercredi et le samedi soir pour pouvoir éventuellement préparer un spectacle. Les plus aptes, les mieux formés qui s’étaient entraînés depuis plusieurs années, c’était eux justement qui avaient dû laisser leurs agrès pour un séjour « sous les drapeaux », selon l’expression.
Alors, il faudra tout recommencer, c’est-à-dire former les jeunes et, parfois, des très jeunes à la discipline du Cirque. Et le Cirque vibrera de toutes ses fibres. Les anciens viendront aider ceux qui sont alors présents, et prendre largement part à la formation des futurs acrobates.

Nous verrons, entre autre Pierre Leroy, René Genty et Lucien Collinet donner de leur temps deux fois par semaine.
Le courage ne manque pas et c’est encore et toujours des reins cassés, des équilibres, des « pompes », le supplice d’assouplissement par le tortionnaire que j’étais, paraît-il ? Certains l’assurent. (C’était une recette du Père André).
Aussi, grâce à ces efforts répétés pendant des mois, cette école de volonté qu’est le Cirque pouvait permettre à ceux qui en avaient la charge et la responsabilité de présenter le programme de 1958. (Marcel Gautier était président, René Doguet et Marcel Trublard, directeurs).

C’est la Fanfare d’Étréchy, avec Jean Dauvissat à la baguette, qui nous interprétait comme ouverture du spectacle, « Sous l’Aigle Double », et tout naturellement le charivari prenait la suite.
Les acteurs de ce charivari : les jeunes de l’époque, Michel, Jean-Pierre et Gilbert Terrien, Guy et Lionel Jaman, Gérard Bouillon, Jean-Claude Allano, Michel Desmons, Jacques Caillard, Patrick et Jacques Huberlan.
Puis un jeune faisait son apparition sur un trapèze, DANY. La première fois seul sur des agrès, cela compte. DANY, c’est Daniel Berchère.
Un trio prendra la suite, les 3 COMPANÉROS, dans un style espagnol, en bicyclette et sur fil de fer. Il s’agit de Claude Lefort, Maurice Priéto et Jean-Paul Lasnier.
Quant à marcher au plafond, Christian Bernard était le champion de l’époque, après un travail préliminaire aux anneaux.
Venait ensuite un garçon tout de noir vêtu, qui du haut de ses cinq dés exécutait de nombreux sauts périlleux. C’était CLAUDIO, Claude Lefort, avec qui j’ai le plaisir de bavarder de temps à autre sur mon lieu de travail.
Après ces numéros, nous partions pour la Bretagne. Les artistes, bretons dans l’âme, arboraient les costumes régionaux avait même un biniou.., mais c’était un faux : une fois de plus, un coup bien monté de PEPO, Pierre Maison à son partenaire, ALEC, Alain Chavet.
Les ROBERTOS - Le rappel de ce numéro est pénible à évoquer, puisque Christian Bernard était le partenaire de notre ami, Robert Bruneau, et que celui-ci devait plus tard rencontrer la mort dans un accident de voiture. Qu’il me soit permis de dire que la présence en esprit de "Bébert" est restée très grande chez les Cadets.
Après un entracte comme il se doit, c’est l’entrée fracassante des sauteurs. Sauts et pyramides sont exécutés par Daniel Berchère, Robert Bruneau, Gérard Tondini, Jean-Pierre Hibert, Pierre Maison et Claude Lefort.
Viendront ensuite un duo qui reste inoubliable pour plusieurs générations de strépiniacois : c’est BARTYS & JOE, les fameux cascadeurs. Ulysse Barrillet et Georges Dormann, qui, avec une précision formidable, exécutaient avec beaucoup de talent et de conviction un véritable exploit dans ce genre d’exercice. De plus, quand on donnait les coups qu’involontairement ils recevaient et dans quel état ils terminaient parfois leur numéro, on ne peut que garder une admiration pour le spectacle qu’ils offraient.
Les BERSON’S prendront la suite à la double barre avec Daniel Berchère et Pierre Maison. La double barre, on ne la présente plus, tant de générations y sont passées depuis « la charrue ». Mais à chaque génération, que d’efforts et de persévérance à fournir pour faire... comme les ancêtres !

La deuxième équipe de clowns arrivait alors en piste : CELLOS, Marcel Trublard, DOUDOU, Jean Dauvissat, et ATOME, Francis Thuillier. Ce pauvre Cellos, avec une portière de voiture en guise de collier, faisait son entrée. Un accident de voiture, quand on s’en sort indemne, ce n’est pas grave, mais lorsqu’une radiographie révèle que l’on a les côtes en long … c’est plus embêtant !
Enfin, pour clore cette représentation, un numéro : une perche tournante, où se tenait Robert Bruneau, était jumelée à un trapèze où travaillait Jean-Pierre Hibert. Les évolutions se faisaient en lumière noire.
Une fois encore, les Cadets avaient gagné un pari, mais non pas sur un tiercé ou un loto, mais un pari sur l’effort, la ténacité, l’entraide. Voilà comment, en 1958, un maillon de la chaîne a été forgé par les Cadets, permettant ainsi de fêter en 1977 les cinquante années d’existence de notre Société, les cinquantes maillons de notre chaîne.