Le premier cirque amateur de France

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le premier spectacle

mardi 28 octobre 2014, par Frédéric Helleux

1927, les responsables proposent « le Cirque » comme thème de spectacle pour la revue annuelle. Les gymnastes se transforment en acrobates, sauteurs, équilibristes sur chaises, fil-de-féristes, trapézistes. Le théâtre apporte sa contribution en donnant le régisseur, les garçons de piste, les deux équipes de clowns et l’orchestre.

Le premier spectacle du 27 septembre 1927

La première troupe compte environ une vingtaine d’artistes. Nous sommes le 27 septembre 1927 et pour la première fois la troupe des cades de la juine prend le nom du Cadets’ Circus

La première troupe

Nous ne possédons aucun programme de cette première représentation mais le compte-rendu dans "L’ABEILLE D’ÉTAMPES" du 8 octobre semble suivre assez fidèlement l’ordre des numéros.

Couverture de l'abeille d'Etampes en 1927

Il y a d’abord l’ouverture par l’orchestre, celui qui, sous la direction de Monsieur Mouatt, accompagnait toutes les manifestations théâtrales des Cadets. Mais « il s’est mis lui aussi au goût du jour : deux cuivres excellents lui donnent tout de suite la note voulue et mettent du même coup le public en plein dans l’atmosphère du cirque ». Il faut préciser que cet orchestre accompagnera tous les numéros du programme. Je ne sais si j’ai moi-même assisté à cette première représentation, j’avais trois ans, mais je me souviens très bien de spectacles vers 1932 ou 33 où cet orchestre jouait encore : il y avait une contrebasse, des violons, des cuivres, un piano ; j’étais émerveillé mais trop jeune pour juger mais j’ai enregistré par la suite l’avis de gens qui se plaisaient à le reconnaître excellent.
Nous avons aussi quelques précisions sur la « barrière formée de quatre garçons de piste en livrée rouge et casquette galonnée ».
Le premier numéro est un travail de souplesse au tapis exécuté par un acrobate de dix ans et un clown de onze ans.
Vient ensuite un numéro de sauteurs. C’est en effet plus qu’un charivari puisqu’il comporte des passages en saut périlleux (au tremplin) par-dessus six acrobates.
Le numéro suivant, sur lequel nous avons peu de détails, semble être du main à main.
Première intervention des clowns avec "Sioul" (Louis Fayout) et "Regor" (Roger Giton).
Deux fil-de-féristes leur succèdent qui exécutent « une traversée dangereuse » digne des meilleures pistes... « Câble droit, câble incliné, marche en avant et à reculons, debout et à genoux, pas de danse, passage à travers le cerceau ... ».
Le numéro d’équilibre sur chaises qui enchaîne est baptisé « l’escalade aérienne ». Une photographie accompagnant le compte-rendu permet de constater qu’il s’agit déjà d’un fort joli numéro. On y voit, de dos, un équilibriste qui doit être René Amiard, tenant un impeccable équilibre décalé sur quatre chaises dont la deuxième oblique et la quatrième en balcon. Le commentateur précise que ce numéro est exécuté par deux acrobates.
Aucun détail sur le « travail artistique à la barre fixe » qui vient ensuite. Compte tenu du niveau de certains des gymnastes des Cadets travaillant sur cet agrès (championnat de France, tout modestement ...), ce ne devait pas être mal !
Arrive alors la troupe de clowns, la « troupe Tommy », qui va longuement occuper la piste, déchaînant les rires avec une succession de blagues et de gags. Son intervention se terminera par le célèbre intermède du « clair de lune ». Partition du Clair de Lune de Werther
Un auguste arrive en piste tenant un instrument de musique dont il veut jouer après s’être installé dans le cercle de lumière que dessine sur le sol un rayon de lune. Mais, alors qu’il n’a joué que quelques mesures, le rayon se déplace jusqu’à l’autre extrémité de la piste. Traînant sa chaise, il change lui aussi de place et le manège va se poursuivre, le malheureux usant de toutes les ruses pour tenter de s’installer dans cette lumière en dehors de laquelle plus rien ne semble exister pour lui, jusqu’au moment où, ayant eu l’idée de clouer sur le tapis ce cercle baladeur, il pourra enfin, en toute quiétude, jouer son hymne à la lune. Cet hymne, ce n’était pas n’importe quoi joué par n’importe qui, mais le « clair de lune de Werther » interprété au violon par cet artiste très fin qu’était Henri Eluard.

La séance du 25 septembre 1927 se poursuit, toujours selon « L’ABEILLE D’ÉTAMPES », par un travail aux anneaux dont il n’est rien dit de plus.
Le numéro suivant est qualifié de "trapèze volant" mais il y a manifestement erreur sur le genre d’exercice, d’autant plus qu’il est précisé que ce numéro sert d’intermède pendant que les garçons de piste montent les agrès de l’attraction finale. Quel ancien nous dira de quoi il s’agissait ?
Enfin, voici le clou du spectacle, le bouquet, l’apothéose : la « guirlande infernale ». Les jeunes sourient, comme nous l’avons fait nous-mêmes à leur âge, en regardant la photo du journal accompagnée de cette légende : « Cinq corps humains, accrochés les uns aux autres, et tombant du cintre en une combinaison aussi artistique qu’athlétique ».

La double planche dans les années 30

Personne ne conteste le côté athlétique et acrobatique de la performance mais son caractère esthétique nous échappe maintenant, alors que le numéro des « gars de la marine », présenté sur le même principe seulement quelques années plus tard, n’a pas vieilli et ferait figure des plus honorables dans un spectacle d’aujourd’hui. En réalité, tout cela était si nouveau, si inattendu, que tout le monde en était émerveillé.
Le public fut subjugué, ainsi que le rapporte l’hebdomadaire étampois déjà cité : « il y fallait de l’audace et une certaine dose de témérité. Le public s’en est bien rendu compte : tant qu’à duré ce travail, un silence de mort a régné dans la salle, qui attendait, haletante, la fin de cet exercice impressionnant. Elle fut, on s’en doute, saluée par le crépitement de vigoureux bravos ». Et pourtant, l’agrès, qui supportait les acrobates (3) n’était accroché qu’à moins de cinq mètres du sol !
Quand on pense qu’en 1969, à Lydd, Didier Colinet aura les pointes de ses pieds à plus de quatorze mètres au-dessus des tapis lorsqu’il piquera son dernier équilibre en haut d’une perche surmontant le grand portique !

(1) Le premier nom du cirque était effectivement orthographié Cadet’s Circus et il le restera jusqu’en 1943, date à laquelle fut corrigée la petite faute d’anglais qu’il comportait. Cadet’s Circus (le cirque du Cadet) devint alors Cadets’ Circus (le cirque des Cadets). On pourrait également écrire Cadets Circus comme le firent nos amis de Lydd sur leurs programmes et affiches en 1969. Nous avons opté définitivement pour Cadets’ Circus.

1937

(3) Cet agrès, fabriqué par Monsieur Lemaitre, père d’Henri, charron de son état, était si lourd qu’il fallut une brouette aux gars qui allèrent le chercher et qui le surnommèrent illico "la charrue".