HISTORIQUE
1927, les débuts…
Pourquoi considérons-nous la séance du 25 septembre 1927 comme marquant la naissance du cirque plutôt que la fête en plein air de l'année précédente ? Pas tant en raison d'un programme nettement plus complet et varié qu'à cause du fait que, pour la première fois, l'ensemble était appelé CADET'S CIRCUS (1).
Nous ne possédons aucun programme de cette première représentation mais le compte-rendu dans "L'ABEILLE D'ÉTAMPES" du 8 octobre semble suivre assez fidèlement l'ordre des numéros.
Il y a d'abord l'ouverture par l'orchestre, celui qui, sous la direction de Monsieur Mouatt, accompagnait toutes les manifestations théâtrales des Cadets. Mais « il s'est mis lui aussi au goût du jour : deux cuivres excellents lui donnent tout de suite la note voulue et mettent du même coup le public en plein dans l'atmosphère du cirque ». Il faut préciser que cet orchestre accompagnera tous les numéros du programme. Je ne sais si j'ai moi-même assisté à cette première représentation, j'avais trois ans, mais je me souviens très bien de spectacles vers 1932 ou 33 où cet orchestre jouait encore : il y avait une contrebasse, des violons, des cuivres, un piano ; j'étais émerveillé mais trop jeune pour juger mais j'ai enregistré par la suite l'avis de gens qui se plaisaient à le reconnaître excellent.
Nous avons aussi quelques précisions sur la « barrière formée de quatre garçons de piste en livrée rouge et casquette galonnée ».
Le premier numéro est un travail de souplesse au tapis exécuté par un acrobate de dix ans et un clown de onze ans.
Vient ensuite un numéro de sauteurs. C'est en effet plus qu'un charivari puisqu'il comporte des passages en saut périlleux (au tremplin) par-dessus six acrobates.
Le numéro suivant, sur lequel nous avons peu de détails, semble être du main à main.
Première intervention des clowns avec "Sioul" (Louis Fayout) et "Regor" (Roger Giton).
Deux fil-de-féristes leur succèdent qui exécutent « une traversée dangereuse » digne des meilleures pistes... « Câble droit, câble incliné, marche en avant et à reculons, debout et à genoux, pas de danse, passage à travers le cerceau ... ».
Le numéro d'équilibre sur chaises qui enchaîne est baptisé « l'escalade aérienne ». Une photographie accompagnant le compte-rendu permet de constater qu'il s'agit déjà d'un fort joli numéro. On y voit, de dos, un équilibriste qui doit être René Amiard, tenant un impeccable équilibre décalé sur quatre chaises dont la deuxième oblique et la quatrième en balcon. Le commentateur précise que ce numéro est exécuté par deux acrobates.
Aucun détail sur le « travail artistique à la barre fixe » qui vient ensuite. Compte tenu du niveau de certains des gymnastes des Cadets travaillant sur cet agrès (championnat de France, tout modestement ...), ce ne devait pas être mal !
Arrive alors la troupe de clowns, la « troupe Tommy », qui va longuement occuper la piste, déchaînant les rires avec une succession de blagues et de gags. Son intervention se terminera par le célèbre intermède du « clair de lune ». Un auguste arrive en piste tenant un instrument de musique dont il veut jouer après s'être installé dans le cercle de lumière que dessine sur le sol un rayon de lune. Mais, alors qu'il n'a joué que quelques mesures, le rayon se déplace jusqu'à l'autre extrémité de la piste. Traînant sa chaise, il change lui aussi de place et le manège va se poursuivre, le malheureux usant de toutes les ruses pour tenter de s'installer dans cette lumière en dehors de laquelle plus rien ne semble exister pour lui, jusqu'au moment où, ayant eu l'idée de clouer sur le tapis ce cercle baladeur, il pourra enfin, en toute quiétude, jouer son hymne à la lune. Cet hymne, ce n'était pas n'importe quoi joué par n'importe qui, mais le « clair de lune de Werther » interprété au violon par cet artiste très fin qu'était Henri Eluard.
Je voudrais faire justice, parce que j'en ai ici l'occasion, d'une légende selon laquelle le Père André n'aimait pas les clowns à qui il préférait les acrobates. Dans les notes qu'il a rédigées à propos de cette première séance, c'est précisément à cette « Troupe Tommy » qu'il a consacré le plus long commentaire. Et combien élogieux; qu'on en juge: « La Troupe Tommy fait son entrée. Un fou rire inénarrable la salue, qui se continue tant que dure ce comédie-acte très bien composé et fort bien rendu. Il y a là des idées et des jeux de scène que n'eussent pas désavoué les Fratellini. Une attraction de ce genre constitue un spectacle du plus haut comique et, il faut ajouter, du meilleur goût, car un sketch qui se termine par le "Clair de lune de Werther" a un cachet qui le sort de la banalité. La Troupe Tommy a fait au Cadet's Circus sa réputation. On se souviendra d'elle (2) et quand, à la prochaine occasion, elle tiendra l'affiche, elle suffira pour entraîner le grand public au Cadet's Circus ». J'ajouterai que le Père André connaissait très bien tous les grands augustes; ses préférés furent "Porto" puis "Rhum". Par contre, il n'a jamais pu souffrir "Béby". Il trouvait "Grock" trop « m'as-tu-vu ». Chez les clowns ses préférences étaient moins marquées mais il admira toujours la prestance d"'Alex". Son équipe favorite : les "Fratellini". Avant de refermer cette parenthèse, j'ajouterai que le Père André avait réuni dans une chemise de nombreux articles et des photos concernant le monde du cirque et que les clowns n'y faisaient pas figure de parents pauvres.
Revenons à la séance du 25 septembre 1927 qui se poursuit, toujours selon « L'ABEILLE D'ÉTAMPES », par un travail aux anneaux dont il n'est rien dit de plus.
Le numéro suivant est qualifié de "trapèze volant" mais il y a manifestement erreur sur le genre d'exercice, d'autant plus qu'il est précisé que ce numéro sert d'intermède pendant que les garçons de piste montent les agrès de l'attraction finale. Quel ancien nous dira de quoi il s'agissait ?
Enfin, voici le clou du spectacle, le bouquet, l'apothéose: la « guirlande infernale ». Les jeunes sourient, comme nous l'avons fait nous-mêmes à leur âge, en regardant la photo du journal accompagnée de cette légende: « Cinq corps humains, accrochés les uns aux autres, et tombant du cintre en une combinaison aussi artistique qu'athlétique ». Personne ne conteste le côté athlétique et acrobatique de la performance mais son caractère esthétique nous échappe maintenant, alors que le numéro des « gars de la marine », présenté sur le même principe seulement quelques années plus tard, n'a pas vieilli et ferait figure des plus honorables dans un spectacle d'aujourd'hui. En réalité, tout cela était si nouveau, si inattendu, que tout le monde en était émerveillé.
Le public fut subjugué, ainsi que le rapporte l’hebdomadaire étampois déjà cité: « il y fallait de l'audace et une certaine dose de témérité. Le public s'en est bien rendu compte: tant qu'à duré ce travail, un silence de mort a régné dans la salle, qui attendait, haletante, la fin de cet exercice impressionnant. Elle fut, on s'en doute, saluée par le crépitement de vigoureux bravos ». Et pourtant, l'agrès, qui supportait les acrobates (3) n'était accroché qu'à moins de cinq mètres du sol !
Quand on pense qu'en 1969, à Lydd, Didier Colinet aura les pointes de ses pieds à plus de quatorze mètres au-dessus des tapis lorsqu'il piquera son dernier équilibre en haut d'une perche surmontant le grand portique !
(1) Le premier nom du cirque était effectivement orthographié Cadet's Circus et il le restera jusqu'en 1943, date à laquelle fut corrigée la petite faute d'anglais qu'il comportait. Cadet's Circus (le cirque du Cadet) devint alors Cadets' Circus (le cirque des Cadets). On pourrait également écrire Cadets Circus comme le firent nos amis de Lydd sur leurs programmes et affiches en 1969. Nous avons opté définitivement pour Cadets' Circus.
(2) En fait elle sera vite oubliée car, dès l'année suivante, va apparaître sur la piste le trio "Tony" (Louis Yau), "Bobino" (Louis Mélart) et "Charley" (Eugène Yau), dont l'extraordinaire succès durera près de vingt ans. Le trio original se produira une dernière fois en 1952 pour le 25e anniversaire du cirque.
(3) Cet agrès, fabriqué par Monsieur Lemaitre, père d'Henri, charron de son état, était si lourd qu'il fallut une brouette aux gars qui allèrent le chercher et qui le surnommèrent illico "la charrue".
1937, la continuité...
En 1937, notre ville d'Étréchy comptait un peu plus de 1800 habitants. De toutes les activités des Cadets de la Juine, il ne restait que le Cadet's Circus. Avant la deuxième guerre mondiale, les jeunes menaient une vie relativement rude et avaient une force physique plus importante que les jeunes actuels. Certains étaient acharnés à l'entraînement, n'hésitaient pas à travailler deux ou trois années pour monter un numéro, tout en ne disposant pas des facilités techniques et financières que nous connaissons aujourd'hui.
A l'époque, l'entraînement avait lieu les mardis et mercredis soir, jeudis après-midi, samedis soir et dimanches après-midi. Il est vrai que la télévision n'existait pas, qu'il y avait peu de cinéma : le Cadet's Circus ou le « Patro » était souvent la seule distraction. Pour s'entraîner à la salle, le survêtement étant encore inconnu, on mettait la petite culotte de sport et très souvent on restait torse nu même en hiver. Evidemment, il n'y avait pas de chauffage, sauf un énorme poêle dans un coin de la salle, pas toujours allumé d'ailleurs.

Le Père André se promenait dans la salle, lisant son bréviaire ou, récitant son chapelet, s'arrêtant parfois pour faire travailler un jeune. Souvent, il s'asseyait sur une chaise d'équilibriste, prenant un jeune sur ses genoux pour lui faire exécuter quelques exercices d’assouplissement.
Les gosses venaient nombreux au Patronage où le Père André recrutait. Les jeunes garçons travaillaient alors selon leur bon vouloir, sollicitant de l'un ou l'autre adulte, un conseil. Enfant doué d'une grande souplesse, René Genty fut vite remarqué grâce à ses bonnes dispositions et deviendra très vite un excellent acrobate, un des meilleurs de toute l'histoire du Cirque d'Etréchy.
Vers 1937, le Cadet's Circus donnait quelques spectacles en extérieur en voyageant avec la camion- nette de Marcel Daniel. Le Père André écrivait à ses confrères ou aux communautés religieuses pour proposer les services du Cirque. Le prix du spectacle était modique mais il demandait de nourrir les artistes. Le Cadet's Circus se produisait une seule fois par an à Étréchy, samedi et dimanche, dans cette salle qui n'était pas aussi grande qu'aujourd'hui. Elle arrivait à l'emplacement des quatre piliers. Par contre, l'ouverture dans le grenier avait été faite en 1935 et permettait de présenter les numéros aériens plus haut.
Les costumes étaient dessinés par Monsieur Eluard, artiste peintre, et réalisés par Madame et Mademoiselle (1) Heuillet, épouse et fille de Monsieur Heuillet, bedeau de la Paroisse. Souvent, le Père André réalisait un costume vu au Cirque Médrano. Déjà, le Cadet's Circus utilisait des strass et les paillettes se cousaient une par une à la main !
La sonorisation était faite avec un pick-up électrique et des disques 78 tours. L'opérateur remettait le disque tant que le numéro était en piste. Ce procédé continuera d'ailleurs bien après la guerre.
 L’éclairage n'avait rien de spécial et seul le numéro du tourbillon de Marcel Daniel avait une série de lampes qui s'allumaient au final. Lors d'une fête de nuit, par suite d'une mauvaise isolation, Marcel connaîtra de sérieux problèmes en recevant quelques décharges électriques.
 Un programme type de cette époque comprenait une douzaine de numéros avec quelques variantes selon l'effectif.
Traditionnellement, le spectacle s'ouvrait avec « l'Entrée des Gladiateurs ». Les gosses donnaient un charivari réunissant sauts, pyramides et souplesses.
René Amiard était le grand spécialiste des chaises. Il faisait l'équilibre sur cinq chaises empilées l'une sur l'autre, dont la dernière était seulement appuyée en travers sur deux pieds.

Les Cellos (Marcel Daniel et Jean Daleine) présentaient un grand numéro de main à main, réalisant un bel enchaînement de poses plastiques. Ce numéro fut donné en attraction dans un cinéma parisien.
Riquetti (Henri Marteau) travaillait, avec ombrelle, sur fil de fer. Apres un joli travail classique, il terminait en traversant son fil en bicyclette.
"Il y avait encore le main à main à trois réunissant Marcel Daniel, Jean Daleine et René Boissé, un porteur doué d'une force herculéenne. Marcel Daniel était le roi de l'équilibre.

Ensuite venait le numéro à la double barre des « petits marins ». Pierre Leroy arrivait à porter trois voltigeurs, costumés en marins américains. Il y eut les frères Brigand et André Berthelot comme voltigeurs, mais d'autres travaillèrent à ce numéro.


André Coustans travaillait à la corde en V sur laquelle il réalisait pointe de pied, le coucher en travers, et terminait par un tourbillon.
Marniello (Marcel Daniel) était l’attraction vedette avec un numéro de barre fixe aérienne.
Il commençait en tournant le grand soleil, la lune, puis les pieds suspendus à une grande balançoire, il tourbillonnait seulement éclairé par un jeu d'ampoules fixées à son agrès, la salle étant plongée dans le noir.
Jean Daleine travaillait aussi à la corde lisse. Il réalisait une montée en tenant sa corde entre deux orteils. Pour finir, il planait au-dessus des spectateurs suspendu par les dents.
Il y avait, bien sûr, des clowns, une équipe de qualité que supervisait Coco Yau : Tony, Bobino et Charley. Après le départ de Louis Mélart, Louis et Eugène Yau travaillèrent avec Pierre Collet, Henri Lemaître et René Boissé. En extérieur, ils présentaient toujours : le photographe ou le gâteau et la flotte. D'autres entrées furent jouées à cette période à Étréchy : la chambre hantée, la radio, les peintres.
Le public était nombreux. La salle était archi-comble pour les deux séances, dans une chaude ambiance familiale.
En conclusion, quelques anecdotes : Les « grands » étaient invités régulièrement à déjeuner chez le Père André, le dimanche midi. Le repas était préparé par le "Père Doguet", grande père de René.
Au cours de l'entraînement, si quelqu'un faisait un équilibre ou encore si une équipe réussissait une pose de main à main, c'était la fête et le Père André débouchait une bouteille de « Trouillard », un excellent champagne de l'époque.
(1) devenue depuis Madame Jean Daleine
1947 La belle époque...
1947. Proche lendemain d'une guerre qu'on ne pouvait pas encore tout à fait oublier. Des places demeuraient douloureusement vides autour des tables familiales: pères ou fils tués ou jamais rentrés de captivité, parents morts sur les routes de l'exode ou sous les bombardements, fusillés, déportés, disparus ou rentrés pour mourir au milieu des leurs. La reconstruction démarrait bien lentement : le Cadets' Circus avait traversé l'année précédente une Normandie défigurée aux maisons écrasées, aux arbres déchiquetés, aux prés et aux plages parsemés d'épaves de toutes sortes. Le ravitaillement était toujours très chiche et il faudra encore plusieurs années pour qu'on puisse se procurer librement des pneus, une auto ou de la ferraille. On parlait avec émotion de la « qualité d'avant-guerre » !
Et pourtant on vivait intensément comme si l'on avait voulu se rattraper ou oublier. On se mariait beaucoup. On avait beaucoup d'enfants. Et aussi beaucoup de gouvernements, l'un chassant l'autre. 
Le Cadets' Circus n'échappait pas à cette fièvre collective: il allait à grand train, riche d'une extraordinaire équipe bien que pauvre en moyens matériels, se déplaçant tous les dimanches, jouant parfois en semaine. Il avait traversé la guerre sans dégâts graves : à part quelques bricoles dont le landau des clowns, le matériel avait échappé au pillage de l'exode ; la salle n'avait pas été occupée très longtemps par les troupes allemandes ; les combattants et les prisonniers étaient rentrés : le Père André avait accroché sur un mur de la salle la citation qui avait valu à Jean Daleine une croix de guerre dangereusement méritée dans les corps francs et celle qui rappelait comment André Coustans avait courageusement gagné la sienne au cours des combats pour la libération de Paris. Le Père lui-même, qui militait au sein du réseau Libération-Nord, avait échappé à une arrestation devenue parfois imminente. A deux reprises Marcel Daniel s'était volatilisé à la barbe de la Gestapo, échappant, la seconde fois, à la fusillade qui devait coûter la vie à l'Abbé Thomas, frère de Madame Lorgeron.
Bien reparti pendant la guerre même, le cirque avait dû cesser son activité en 1944 en raison de la surveillance dont il était l'objet de la part de l'occupant. De toutes façons, il n'aurait pu se déplacer, car tout ce qui bougeait sur les routes risquait de se faire mitrailler par les patrouilles aériennes alliées. Mais dès la libération il avait repris son essor, vite rejoint par les anciens qui rentraient les uns après les autres. Et ce fut l'époque des spectacles en anglais dans les camps de convalescence de l'armée américaine, accompagnés par de somptueux orchestres à la Glenn Miller. En 1945 le Cadets' Circus présentait un très honnête programme d'été de douze numéros et son programme d'hiver allait en comporter treize dont huit entièrement nouveaux.
Et en 1946 il visitait sept départements, parcourait 1500 kilomètres et jouait devant 100 000 spectateurs ; il faut avouer qu'il y en avait eu plus de 70000 d'un seul coup dans un Parc des Princes bondé à l'occasion d'un rassemblement national des « Coeurs vaillants ». Mais cela témoignait quand même d'une sérieuse activité.
« Du neuf et du raisonnable ». Ainsi aurait-on pu définir le programme de cette année 1947. « Neuf » parce qu’il comport
ait sept numéros nouveaux venus s’ajouter à six hérités de la saison précédente. Il faut préciser qu'à cette époque le Cadets' Circus montait deux programmes par an, un de printemps-été et un d’automne-hiver, et que les numéros étaient renouvelés par moitié à l’occasion de chaque programme. « Raisonnable » car il revenait aux treize attractions après les dix-sept de la saison précédente qui constituaient un spectacle trop long.
Cette année là, c'est la célèbre « Entrée des Gladiateurs » qui accueillait les spectateurs. On ne l’avait pas entendue depuis plusieurs années. L’année d'avant, le programme débutait avec « Les Saltimbanques » de Louis Ganne, musique reprise des premiers spectacles du Cadets' Circus.
Après un charivari, qui, à cette époque, ne se renouvelait guère, la jeune équipe de clowns « Atome et Bikini » faisait ses débuts sur la piste avec une histoire d'ivrognes. « Bikini » avait commencé sa carrière la saison d'avant : il jouait d'abord seul un intermède musical inspiré de celui qu'Henri Eluard avait créé vingt ans plus tôt et il faisait ensuite équipe avec « Tony et Bobino » réduits à un duo depuis la dernière participation de « Charley » en 1945. « Atome » c'était - et ce sera toujours Françis Thuillier et « Bikini » Roland Pélisse. En effet, contrairement a ce qui se passait au début où le même personnage clownesque était interprété successivement par plusieurs acteurs, chaque clown ou auguste possédera désormais en propre son nom de piste. Venait ensuite le seul numéro déjà présenté un an plus tôt: celui des « John-Mill's », Jean Barruet et Émile Chevallier qui travaillaient à la perche simple. Leur succédaient les « Barceljo », Ulysse Barrillet, Marcel Trublard et Geo Dormann, dans un travail au tapis qu'ils présentaient pour la première fois. Le numéro suivant était également nouveau: reconstituée après un an d'interruption, l'équipe des « Lucrenzi », Lucien Collinet et René Genty, à qui l'on devait le redémarrage du cirque en 1942, présentait un très joli numéro aérien qui tenait à la fois de la perche suspendue et de la double barre. Fatigué, Lucien Collinet avait dû abandonner l'acrobatie pendant un an et en avait profité pour créer, avec quel talent, le personnage de l'auguste « Nono ». Nouvel intermède des clowns avec « Atome et Bikini » à qui s'était joint « Bobino », seul survivant du célèbre trio. « Jor'ann », Geo Dormann, terminait la première partie avec un numéro de boule créé la saison précédente et auquel il venait d'adjoindre un travail d'équilibre sur rouleaux. Après l'ouverture de « Radetsky », la deuxième partie débutait avec le travail d'équilibriste de « Rancis », Francis Thuillier, qui, depuis la saison précédente également escaladait planche à bascule et échelle en portant sur le menton un échafaudage de bouteilles, table, pot de fleur ... Suivait un sketch militaire joué par « Andrex et Nono », André Farnault et Lucien Collinet qui restera toujours à la fois auguste et acrobate. « Milos », Émile Chevallier, présentait ensuite un travail classique au trapèze. Puis les « Rénicellos », René Genty et Marcel Trublard apparaissaient une première fois dans un numéro de main à main nouveau. Autre numéro inédit, celui de « Ludovic », Louis Barruet, qui marchait la tête en bas. Nouvelle apparition d’« Andrex et Nono » dans le sketch du piano et retour des « Rénicellos » dans un numéro aérien de leur invention. C'était assez casse-cou mais très beau : combien de fois avons-nous vu les pieds des chaises commencer à "décoller" ou l'échelle venir un peu trop vers le porteur. Mais, imperturbable, Marcel accentuait ou relâchait la pression de ses pieds sur les cordes du trapèze et, non moins stoïque, René continuait son numéro d'équilibre et de travail en souplesse. C'est de ce numéro que devait naître l'année suivante, celui qui allait rendre célèbre les « Barceljo ». Je souhaiterais qu'une équipe de jeunes le reprenne: il aurait certainement beaucoup d'allure sous le chapiteau. Cette attraction était bien la dernière du spectacle qui s'achevait aux accents du « Départ des Gladiateurs ».
Ce programme fut présenté une dizaine de fois mais, malgré sa qualité, ne resta pas à l'affiche. Un an plus tard, le Cadets' Circus allait entreprendre une tournée d'été en Normandie en présentant treize numéros dont douze nouveaux; seul « Rancis » redonnerait son travail d’équilibre mais en partie renouvelé.
Il est certain que si la télévision avait existé à l’époque, la notoriété du cirque serait devenue grande car il tenait alors la grande forme et multipliait ses déplacements. Non seulement il pouvait se renouveler fréquemment mais il disposait de doublures pour un bon nombre de numéros. Le secret ? Un entraînement sérieux permettant à chacun d'acquérir une bonne musculature. Cette « belle époque » allait durer encore deux ans. Après quoi il y aurait des départs, un renouvellement des équipes puis la mort du Père André.
1957, un maillon de la chaîne.
1958 ... Les Cadets, à cette époque, que faisaient-ils ? Je dirais même : comment vivaient-ils ? Comme leurs prédécesseurs en leur temps, ils avaient reçu un héritage précieux. Cet héritage - le Cirque - il fallait le faire fructifier; il fallait le faire dans son esprit et dans les faits.
En 1958, période difficile pour une raison grave : beaucoup de nos camarades étaient en Algérie, certains y restèrent des années.
Nous n'étions pas nombreux à la salle le mercredi et le samedi soir pour pouvoir éventuellement préparer un spectacle. Les plus aptes, les mieux formés qui s'étaient entraînés depuis plusieurs années, c’était eux justement qui avaient dû laisser leurs agrès pour un séjour « sous les drapeaux », selon l’expression.
Alors, il faudra tout recommencer, c'est-à-dire former les jeunes et, parfois, des très jeunes à la discipline du Cirque. Et le Cirque vibrera de toutes ses fibres. Les anciens viendront aider ceux qui sont alors présents, et prendre largement part à la formation des futurs acrobates.
Nous verrons, entre autre Pierre Leroy, René Genty et Lucien Collinet donner de leur temps deux fois par semaine.
Le courage ne manque pas et c'est encore et toujours des reins cassés, des équilibres, des « pompes », le supplice d'assouplissement par le tortionnaire que j'étais, paraît-il ? Certains l'assurent. (C'était une recette du Père André).
Aussi, grâce à ces efforts répétés pendant des mois, cette école de volonté qu'est le Cirque pouvait permettre à ceux qui en avaient la charge et la responsabilité de présenter le programme de 1958. (Marcel Gautier était président, René Doguet et Marcel Trublard, directeurs).
C'est la Fanfare d’Étréchy, avec Jean Dauvissat à la baguette, qui nous interprétait comme ouverture du spectacle, « Sous l'Aigle Double », et tout naturellement le charivari prenait la suite.
Les acteurs de ce charivari: les jeunes de l'époque, Michel, Jean-Pierre et Gilbert Terrien, Guy et Lionel Jaman, Gérard Bouillon, Jean-Claude Allano, Michel Desmons, Jacques Caillard, Patrick et Jacques Huberlan.
Puis un jeune faisait son apparition sur un trapèze, DANY. La première fois seul sur des agrès, cela compte. DANY, c'est Daniel Berchère.
Un trio prendra la suite, les 3 COMPANÉROS, dans un style espagnol, en bicyclette et sur fil de fer. Il s'agit de Claude Lefort, Maurice Priéto et Jean-Paul Lasnier.
Quant à marcher au plafond, Christian Bernard était le champion de l'époque, après un travail préliminaire aux anneaux.
Venait ensuite un garçon tout de noir vêtu, qui du haut de ses cinq dés exécutait de nombreux sauts périlleux. C’était CLAUDIO, Claude Lefort, avec qui j’ai le plaisir de bavarder de temps à autre sur mon lieu de travail.
Après ces numéros, nous partions pour la Bretagne. Les artistes, bretons dans l'âme, arboraient les
costumes régionaux avait même un biniou.., mais c’était un faux: une fois de plus, un coup bien monté de PEPO, Pierre Maison à son partenaire, ALEC, Alain Chavet.
Les ROBERTOS - Le rappel de ce numéro est pénible à évoquer, puisque Christian Bernard était le partenaire de notre ami, Robert Bruneau, et que celui-ci devait plus tard rencontrer la mort dans un accident de voiture. Qu'il me soit permis de dire que la présence en esprit de "Bébert" est restée très grande chez les Cadets.
Après un entracte comme il se doit, c'est l'entrée fracassante des sauteurs. Sauts et pyramides sont exécutés par Daniel Berchère, Robert Bruneau, Gérard Tondini, Jean-Pierre Hibert, Pierre Maison et Claude Lefort.
Viendront ensuite un duo qui reste inoubliable pour plusieurs générations de strépiniacois : c'est BARTYS & JOE, les fameux cascadeurs. Ulysse Barrillet et Georges Dormann, qui, avec une précision formidable, exécutaient avec beaucoup de talent et de conviction un véritable exploit dans ce genre d'exercice. De plus, quand on donnait les coups qu'involontairement ils recevaient et dans quel état ils terminaient parfois leur numéro, on ne peut que garder une admiration pour le spectacle qu'ils offraient.
Les BERSON'S prendront la suite à la double barre avec Daniel Berchère et Pierre Maison. La double barre, on ne la présente plus, tant de générations y sont passées depuis « la charrue ». Mais à chaque génération, que d'efforts et de persévérance à fournir pour faire... comme les ancêtres !
La deuxième équipe de clowns arrivait alors en piste : CELLOS, Marcel Trublard, DOUDOU, Jean Dauvissat, et ATOME, Francis Thuillier. Ce pauvre Cellos, avec une portière de voiture en guise de collier, faisait son entrée. Un accident de voiture, quand on s'en sort indemne, ce n'est pas grave, mais lorsqu'une radiographie révèle que l'on a les côtes en long … c'est plus embêtant !
Enfin, pour clore cette représentation, un numéro : une perche tournante, où se tenait Robert Bruneau, était jumelée à un trapèze où travaillait Jean-Pierre Hibert. Les évolutions se faisaient en lumière noire.
Une fois encore, les Cadets avaient gagné un pari, mais non pas sur un tiercé ou un loto, mais un pari sur l'effort, la ténacité, l'entraide. Voilà comment, en 1958, un maillon de la chaîne a été forgé par les Cadets, permettant ainsi de fêter en 1977 les cinquante années d'existence de notre Société, les cinquante maillons de notre chaîne.
1967, le départ de la grande aventure…
Depuis quelques deux ans, le Cadets’ Circus vivote, poussé dans une nouvelle aventure éducative : le Foyer des Jeunes. Doutant de l'impact du cirque et surtout poussés par l'Abbé Judas, les dirigeants des Cadets pensent qu’il faut trouver autre chose pour occuper les jeunes. Le spectacle 68 à Étréchy sera un démenti éclatant à ces doutes.
Certes le Cadets’ Circus n'a jamais cessé complètement ses activités, cohabitant avec les jeunes du Foyer, animant toujours kermesses, arbres de noël ou allant distraire les jeunes délinquants de la maison d'arrêt d'Etampes. Ce n'est plus la grande troupe des années passées, les moins de 15 ans ne sont plus acceptés à l'entraînement faute d'encadrement et l'effectif est pléthorique. Pourtant, au cours d'une réunion du Foyer, l'idée de refaire du cirque à Étréchy jaillit d'un coup, comme un pari sur l'avenir ...
Ce n'est pas si simple car la troupe est bien jeune, manquant malheureusement d'expérience, de professeurs et de plus les moyens financiers sont faibles pour ne pas dire inexistants. Pourtant, le pari sera tenu. Nous sommes en fin d'année 67 et en quelques mois, le Cadets' Circus remonte un programme qui sera donné à Étréchy, le 4 mai 1968 exactement.
L'idée acceptée, les jeunes se mettent donc tout de suite au travail. Jour après jour, à l'image de l'araignée, les fils se renouent, les habitudes se retrouvent. Il faut penser à tout, prévoir l'éventuel renoncement de certains après l'euphorie du début. Une "bonne" odeur de sueur envahit notre vieille salle annonçant l'arrivée prochaine d'un nouveau printemps prometteur. Nous ne pouvons mettre sur pied, en si peu de temps, un spectacle complet mais il est complété par des danses folkloriques en accord avec Claude Casagrande, responsable de ce groupe. Il faut également prévoir quelques travaux d'aménagement dans cette salle du cirque, délaissée depuis quelques années. Courageusement, les jeunes du Foyer épaulent ceux du Cirque et j'ai l'agréable surprise d'y voir plusieurs filles. La salle d'entraînement se transforme en salle de spectacle. Il n'est pas inutile de rappeler que les fonds étant au plus bas, l'astuce est de rigueur. Avec du contreplaqué de récupération, le plafond est remis à neuf. Le parquet, en piteux état, est consolidé et vigoureusement nettoyé par quelques mains féminines. Nos chers vieux gradins sont vermillonnés, fiers d'être remis à neuf pour recevoir dignement le prochain public. Il faut encore aménager coulisses, bar, caisse ... J'ai soudain comme l'impression que notre salle, heureuse de revivre, se laisse faire avec joie par toute une jeunesse débordante de bonne volonté !
N'abandonnons pas le chapitre des préparations, il faut encore penser costumes, sonorisation, éclairage, publicité. Le programme comportant une majorité d'attractions aériennes, le slip est de rigueur et facilite en plus le coût de l'opération. Pour les autres numéros, nous puisons dans la garde-robe du Cadets’ Circus. Il faut néanmoins rajuster, embellir certains costumes, ainsi quelques couturières et en particulier ma mère seront mises à rude épreuve. Tout est prêt malgré tout en temps utile.
Côté sonorisation, ce n'est guère brillant puisqu'il ne reste rien de l'ancien matériel. Fort heureusement, Claude Caratis, astucieux, en bricole une qui rend bien des services. Côté éclairage, nous avons toujours la coupole à quatre projecteurs qu'il suffit de remettre en état pour les utiliser.
Une publicité bien faite remplit une salle, chacun le sait ! Il faut, dans le cas présent, faire savoir que le Cadets’ Circus joue à Étréchy. Il faut le faire savoir à notre public d’habitués, mais aussi à toute cette nouvelle population qui ne connaît pas encore notre société. Des affiches bien placées, quelques articles dans la presse locale et surtout un tract dans chaque boîte aux lettres réussiront à remplir notre salle d'une assistance généreuse malgré une pluie diluvienne tombée quelques vingt minutes avant l’heure « H ».
Tout est donc prêt, le programme « Boum Circus », en hommage au Cirque Médrano disparu, est en place. Mais laissons maintenant tous ces préparatifs. Nous sommes le samedi 4 mai, le spectacle va commencer. Ne le faisons pas attendre, je vous invite à prendre place :
La salle du Père André se remplit régulièrement. Une belle musique de cirque éclate de tous ses cuivres, faisant patienter les premiers arrivés. 21 heures, la traditionnelle « Entrée des Gladiateurs » retentit comme un tonnerre. L'émotion nous gagne, mais suivons l'entrée de Monsieur Loyal. Bernard Colinet, ravi d'être au rendez-vous, est visiblement ému mais il ne sera pas le seul de cette soirée. Il est suivi par les clowns Claudio et Subito, Claude Casagrande et Didier Colinet, qui souhaitent la bienvenue aux spectateurs. Première attraction, la voltige aérienne des Lerson' s, Jean Leroy et Pierre Maison. Ce numéro à la double barre est bien enlevé, comportant un bon travail au trapèze porté, des passes rapides avec un joli saut final qui n'est pas celui des Clérans. Il est dommage pour des raisons de programme que ce numéro ouvre le spectacle. Le démontage de l'agrès est rapide, le temps "mort" étant occupé par l'équipe clownesque du début dans l'entrée de la somnambule. Le Groupe Folklorique fait alors sa première apparition dans « Mayin-Mayin », danse israélienne. Bien enlevée, cette danse s'incorpore au spectacle, facilitant l’entrée desYang en costume oriental. Le rodage acrobatique avec Didier Turpin et Pierre Maison est bien connu et fut souvent présenté par plusieurs équipes du Cadets’ Circus. Cette ébauche, avec un entraînement plus long, aurait pu donner un bon numéro de main à main. A nouveau, le Groupe Folklorique prend possession de la piste avec une danse écossaise précédant les clowns Claudio et Subito. L'entrée de la « machine à guérir » est bien enlevée et fait beaucoup rire. Le thème de cette entrée est connu : cette machine capable de soigner toutes les maladies est malencontreusement cassée par l'auguste maladroit. Subito, en grande forme, y est particulièrement drôle, bien soutenu par Claudio, nouveau clown blanc autoritaire. En dernier numéro de cette première partie, les 2 Pergass , Philippe de Gassart et Jean Leroy (1), en costume de corsaire, évoluent à la perche double. Un joli travail aérien, simple mais coordonné, souvent applaudi au Cirque d'Étréchy fait passer un agréable moment.
Entracte, les spectateurs envahissent les coulisses, le bar est pris d'assaut. Beaucoup d'anciens se retrouvent, chaleureux, ravis de pouvoir bavarder avec les jeunes et les ... moins jeunes du Cirque. Pendant cet entracte, Bernard Colinet annonce la reprise de l'entraînement pour les jeunes garçons que René Doguet se propose d'animer à la rentrée d'octobre.
La deuxième partie s'ouvre sur un numéro inédit, une création Cadets’ Circus : la perche rotative de Tedd, Didier Turpin. Cette perche, fixée sur un axe tournant est l'oeuvre de l'ingénieux Jean Gautier. Le voltigeur évolue dans le noir complet en costume fluorescent rehaussé par la lumière noire. L'ensemble ne manque pas de cachet et le numéro est fort applaudi. A nouveau, les clowns reviennent en piste avec l’entrée du miroir brisé. C'est la version loufoque présentée par Christian Duvaleix à Médrano qu'ont choisie Claude Casagrande et Pierre Maison. Bien sûr, les spectateurs rient mais nous sommes loin des versions classiques présentées quelques années plus tard. Le groupe folklorique nous fait ensuite voyager en Russie et d’un coup d'aile, nous partons en Espagne avec les trois Bernardos aux échelles libres. Costumés en espagnol, nous découvrons Bernard Pigeon, porteur faisant évoluer les voltigeurs Dominique Leroy et Christian Cormon. Comme les perchistes de première partie, ce numéro est connu mais il a le mérite à mes yeux ce soir, de revivre. Il connaît son petit succès populaire. Très vite, une danse folklorique nous emporte en Allemagne pour quelques minutes. Le clown Atome, Francis Thuillier, fait alors son entrée. Elégant, autoritaire, Atome prend possession de la piste. Il retrouve avec joie son compère Pépo, Pierre Maison, et Bernard Colinet, autre complice des jours anciens. Avec l'entrée bien connue de la « flotte », c'est un déferlement de seaux d'eau et de ... rires. La piste est trempée mais le trio Roberto (2), en cape rouge, fait une entrée impressionnante avant d'aller évoluer aux échelles aériennes. Ce trio formé des voltigeurs Didier Turpin et Jean Leroy, du porteur Marc Levon, travaille fort joliment malgré le handicap de la hauteur et le manque d'expérience.
La parade finale nous permet de revoir toute la troupe, peu nombreuse encore, mais avide de bien faire. Visiblement, les spectateurs sortent satisfaits de cette reprise. Assurément, ce spectacle ne manque pas de critiques! Ce n'est pas du grand cirque avec évidemment le Groupe Folklorique venant épauler un Cadets’ Circus un peu pauvre. Cette séance a pourtant prouvé que le cirque avait gardé tout son impact auprès de la jeunesse. Malheureusement, cette équipe, sans doute marquée par les événements de mai 68, se disloquera, privant le Cadets’ Circus d'artistes de valeur. Il en restera heureusement quelques éléments importants comme Jean Gautier, Didier Colinet et Christian Cormon.
1967, c'est le début d'une grande aventure qui se poursuit encore aujourd'hui. 1967, c'est aussi le triomphe de cette « formule » capable d'intéresser les jeunes, 40 années après sa création. N'est-ce pas le signe d'une éternelle jeunesse !
(1) Jean Leroy remplaçait, au pied levé, Raymond Perette appelé au service militaire quelques trois jours avant cette séance.
(2) Nom donné au numéro des échelles aériennes en hommage à Robert Bruneau disparu tragiquement l'année précédente et qui exécuta de nombreuses fois ce numéro.
LYDD et OSTRACH
La ville d’Étréchy est jumelée depuis de nombreuses années avec Ostrach (R.F.A.) et Lydd (G.B.). Le CADETS' CIRCUS a été, dès le départ, associé aux rencontres avec les habitants des villes jumelles. Il a notamment participé à des spectacles et animations organisés à l'occasion des visites de délégations étrangères à Étréchy. Mais c'est surtout par les occasions qui lui ont été données de se produire au delà des frontières - en Angleterre en 1969 et en Allemagne en 1971 - que les jumelages ont eu un effet stimulant sur le développement du cirque strépiniacois.
LYDD, JUIN 69
La ville de Lydd est située sur la côte sud-est de la Grande-Bretagne, à proximité du Cap Dungeness dont la pointe répond, en face, à celle du Cap Gris-nez. La population est sensiblement égale à celle d'Étréchy. Lydd possède un aéroport international qui connaissait, à l'époque de la visite du cirque, un trafic important. Aujourd'hui, les lignes aériennes qui le reliaient au Touquet puis à Beauvais ont été abandonnées au profit d'autres itinéraires.
Bien qu'englobée maintenant dans un de ces gigantesques districts nés de la réforme communale anglaise, Lydd doit à son histoire le privilège de conserver une municipalité autonome bien que de pouvoirs réduits. Mais elle possède ce qu'aucune réforme ne pourra abolir : de solides traditions. Parmi celles-ci, celle du LYDD CLUB DAY, fête célébrée le 3e samedi de Juin, chaque année, sur le Rype, vaste pelouse soigneusement entretenue en plein centre de la ville pour la récréation de ses habitants. Il y a une fête foraine, une cérémonie à l'église, un banquet et un défilé de chars aussi nombreux que bien réalisés, souvent avec un soin et un sens de l'humour étonnants : plusieurs centaines d'habitants, enfants et adultes, se déguisent et tout se termine par le couronnement de la Reine du Club Day, élue pour un an parmi les jeunes beautés locales. Pendant que le défilé parcourt les rues de la ville, ce qui demande un certain temps, des attractions se produisent sur le Rype : qu'il s'agisse de fanfares militaires, de majorettes ou de cascadeurs motocyclistes, elles sont toujours de qualité.
En 1967, un groupe de strépiniacois avait assisté aux festivités. La présence de deux membres du CADETS' CIRCUS avait éveillé un certain intérêt et suscité des questions : quel genre de spectacle produisez-vous ? Combien de temps dure-t-il ? Combien êtes-vous ? Comment vous déplacez-vous ? En mai 1968, Étréchy devait recevoir simultanément deux groupes venant d'Ostrach et de Lydd et à l'occasion de cette visite, un spectacle était prévu auquel devait participer le CADETS' CIRCUS. Malheureusement, ce grand rassemblement fut décommandé du fait des événements en France.
Néanmoins, au début de l'année 1969, le CADETS' CIRCUS était invité à étudier l'éventualité de participer, en juin, au LYDD CLUB DAY. Comment répondre à cette demande ? Le cirque était en plein redémarrage avec une équipe peu nombreuse formée de très jeunes garçons réunis autour d'un noyau de « vieux de la vieille ». Promettre un spectacle? C'était prendre un énorme pari sur l'avenir. Néanmoins toute l'équipe fut réunie un soir d'entraînement et l'on annonça que le cirque irait jouer en Angleterre en juin s'il y avait d'ici là un programme convenable à présenter. Personne n'en croyait ses oreilles mais aucun des jeunes n'a douté un seul instant de la possibilité de réussir : on était pourtant déjà en février ! La carotte était énorme et tous y mordirent à pleines dents : jamais on avait autant travaillé. En mai, le programme était au point et il fut présenté aux responsables du Club Day à l'occasion d'une visite à Étréchy. L'accueil fut enthousiaste (c'était pourtant bien léger...) et l'on passa aussitôt à l'organisation du déplacement.
A cette époque, le CADETS' CIRCUS jouait en plein air, en palc, mais avec le grand portique de 10,50 m, les pinces, les tentes - coulisses, les tapis, les appareils et accessoires, il y avait quand même près de deux tonnes de matériel à trans- porter... par avion ! On réduisit donc au strict minimum, laissant aux Anglais le soin de pourvoir aux coulisses. Ils se chargeaient également du transport par avion, la Compagnie BRITISH AIR FERRIES étant basée à Lydd. Il fallait seulement amener le matériel et le personnel jusqu'au Touquet où se trouvait l'autre extrémité du pont aérien. Pour le matériel, Jean GAUTIER partirait avec le fourgon du cirque qu'il faudrait charger à mort. Le personnel se rendrait à l'aéroport en voitures particulières, celles des plus grands du CADETS' CIRCUS (Geo LASNIER, Marcel TRUBLARD, Pierre CORDURIÉ, Bernard COLINET, René DOGUET) et celles de gens d'Étréchy partant à Lydd pour le jumelage et qui acceptaient de prendre quelques gamins.
Il y avait encore bien d'autres problèmes à résoudre et tout le monde s'y attela. Aucun des jeunes n'avait de papiers pour partir à l'étranger : on fit signer toutes les demandes aux familles et rendez-vous fut pris avec le commissariat d'Étampes où Merryl DOGUET fut invitée à passer de l'autre côté du guichet et à s'installer devant la machine à écrire pour taper les autorisations de sortie du territoire qu'un agent secrétaire tamponnait et enregistrait au fur et à mesure. Il fallut aussi prévoir le planning des départs car chaque avion ne pourrait prendre que quelques membres du cirque : BRITISH AIR FERRIES exploitait des cargos Bristol superfreighter qui transportaient, suivant leur taille, deux ou trois voitures avec leurs passagers ; nous devions occuper les places non utilisées par ces derniers. De ce fait, les départs seraient échelonnés entre le début de l'après-midi et la fin de la soirée et il faudrait encadrer les jeunes en attente à l'aéroport de départ aussi bien que ceux déjà passés de l'autre côté. Il fallait également préparer les papiers de douane pour le matériel hétéroclite que nous emportions : que ceux qui ont déjà feuilleté le tarif des douanes (qui, soit dit en passant, ignore complètement le cirque) imaginent le travail !
Mais le plus gros problème était celui de la langue : il n'était pas question de présenter le spectacle en français ni de jouer les entrées des clowns dans une langue que ne comprendrait pas la majorité de nos hôtes. On se mit donc dare dare aux traductions qui s'avérèrent très longues : c'est fou ce qu'on peut dire au cours d'un spectacle ! Et c'était d'autant plus long que, pour répéter les entrées des clowns, nous avons dû avoir recours à trois langues : le français, l'anglais et... sa transcription phonétique ! Quand Pépo (Pierre MAISON) qui jouait le sketch de la flotte se jetait aux pieds d'une respectable anglaise en lui disant : « Madam, may I play with the what's it ? » (Madame, est-ce que je peux jouer avec le machin ?), il avait travaillé pendant plusieurs semaines sur quelque chose qui s'écrivait « Madam' mai ail plai wiz ze ouatzit' » dont il avait amélioré la prononciation progressivement avec l'aide de ses partenaires... Nous n'avons jamais su exactement si nos amis anglais disaient la vérité ou s'ils ont voulu être gentils avec nous quand ils ont prétendu, après le spectacle, qu'ils avaient tout compris.
Le jour du départ venu, il y eut quelques accrocs au programme : des voitures arrivèrent trop tôt au Touquet livrant l'aérogare à des garçons excités ; une autre se fit attendre au delà de l'heure du départ, nous obligeant à changer les listes des passagers ; le matériel, arrivé aux aurores, ne put être embarqué le matin à cause de la mauvaise volonté du receveur des douanes qui voulait absolument nous obliger à passer par un transitaire alors que nos papiers étaient prêts ; finalement, il décidait, à onze heures et demi qu'il était trop tard pour faire les formalités avant midi et nous donnait rendez- vous à quatorze heures. Mais tout s'arrangea grâce à la gentillesse des gens de l'aéroport.
Pour la plupart des garçons, c'était à la fois la première sortie de France et le baptême de l'air; ils étaient excités, émus et un peu inquiets lorsque leur tour arrivait d'être appelés par le haut-parleur. Mais, groupe après groupe, ils s'en allaient très dignes et nous les apercevions qui marchaient sur la piste et montaient dans les avions comme de vieux habitués. Nous devions les retrouver de l'autre côté, gavés de friandises par nos amis anglais et se racontant les péripéties de leurs vingt minutes de vol comme s'ils venaient de faire le tour de la terre. Vers seize heures, il y eut un départ sans voitures à charger et nous vîmes s'avancer vers la soute de l'avion un chariot élévateur portant une de nos tables d'équilibre, le baquet des clowns, des seaux et des tapis ; un plateau suivait avec le portique et le reste du matériel. En vrac, cela ne faisait pas très cirque et beaucoup de passagers qui regardaient l'embarquement depuis l'aérogare durent se demander qui étaient ces indigents qui déménageaient par avion. Par contre, de l'autre côté, le matériel fut rechargé sur une grande remorque que les scouts de Lydd avaient décorée avec des drapeaux anglais et français.
A dix-neuf heures et quelques minutes, tout le monde était regroupé sur le sol anglais après des formalités plus que symboliques aussi bien pour le matériel que pour le personnel. La répartition dans les familles se fit sans trop d'incidents (les plus jeunes devaient être logés ensemble dans un local sportif à proximité du lieu de montage mais prenaient leurs repas chez l'habitant). L'équipe de jeunes bilingues eut à intervenir pour sauver quelques très jeunes artistes du désespoir et tout se passa pour le mieux.
Un soleil radieux inondait le Rype lorsque les monteurs commencèrent à y étaler les éléments du portique très tôt le samedi matin. Peu à peu toute la troupe se trouva rassemblée. Il y avait également pas mal de curieux. Une fois les attaches et assemblages vérifiés, les pinces de retenue mises en place, Marcel TRUBLARD lança le commandement traditionnel « la main dessus » et le grand ensemble flexible mais pesant quand même ses 300 kg décolla du sol. Une heure plus tard tout était en place et, à douze mètres du sol, les drapeaux claquaient dans le vent de la mer. Toute l'équipe était très admirée pour la façon dont tout s'était passé, sans heurts, sans cris, chacun connaissant son travail. Et pourtant, pour beaucoup c'était le premier montage, un montage bien plus délicat que celui du chapiteau (1).
Les jeunes avaient particulièrement soigné leur tenue : short blanc, socquettes blanches, tee-shirt blanc portant leur prénom sur la poitrine et le sigle CADETS' CIRCUS dans le dos. A cette époque on ne connaissait pas encore le flocage et nous avions réalisé tout cela nous-mêmes... à la peinture au pistolet. Mais le résultat était là.
Le spectacle comportait un numéro de boules, le charivari, un numéro aux échelles libres, un numéro d'anneaux, le saut de la mort à la double barre exécuté par Didier COLINET avec Pierre MAISON comme porteur et, pour terminer, Didier réalisait une série d'équilibres en haut d'une perche montée sur les traverses supérieures du portique, les pointes de pieds à 14 mètres au-dessus du niveau du sol. Il y avait également une présentation fantaisiste de notre pseudo cheval, Grenadine, et deux entrées de clowns: la poupée avec Raynat et Subito et la flotte avec Raynat, Pépo et Fox. Bernard COLINET était Monsieur Loyal.
Nous avions un sérieux trac pendant la musique d'ouverture du programme mais, dès le début du charivari, le public se montrait chaleureux et pour nous c'était parti. Moment critique : la première entrée des clowns; il fallait se faire comprendre. Les rires nous rassuraient bientôt : non seulement les Anglais réagissaient aux situations mais également au texte. C'était gagné et tout le monde tint à nous le dire après le spectacle.
C'est avec beaucoup de regret que nous avons tout replié et rechargé sur la remorque. Nous aurions volontiers joué une seconde fois. Après la fête, le Maire vint féliciter la troupe et beaucoup de ceux qui étaient là nous dirent leur admiration et leur étonnement : le numéro de double barre leur paraissait incroyable de la part d'amateurs. Le travail des plus jeunes avait aussi fait sensation : que des écoliers réalisent ce qu'ils avaient présenté semblait prodigieux. Nos benjamins furent d'ailleurs très gâtés et pas seulement par les familles qui les avaient reçus: le dimanche matin, deux magasins avaient été ouverts spécialement pour que nous puissions y acheter des souvenirs ; les jeunes du cirque y firent la rencontre d'habitants de Lydd qui les bourrèrent de bonbons et de chocolats.
Le second passage en avion, par un temps magnifique, à quelques centaines de mètres seulement au dessus de la Manche, fut encore un sujet d'émerveillement mais la joie était tempérée par ce petit pincement au cœur qu'on éprouve quand il vous est arrivé quelque chose d'extraordinaire dont on sait que c'est fini à jamais.
Une petite anecdote pour finir. Un des jeunes était grimpé en haut du portique après le montage. On entendait à ce moment les détonations provenant d'exercice de tir au camp militaire, pas loin de là. Quelqu'un cria au grimpeur :
« Baisse la tête, tu vas te faire bigorner ! ». Et le gosse, nature, de répondre avec un air indigné: « Mais pourquoi les Anglais tirent sur les Français ? ».
(1) : ce n’est que beaucoup plus tard que Michel TERRIEN réalisera un appareillage de montage du grand portique offrant plus de sécurité.
OSTRACH, JUILLET 71
Pour son voyage à Ostrach, le CADETS' CIRCUS a quelque peu changé depuis qu'il s'est rendu à Lydd en 1969. Toute une équipe de jeunes (en grande partie l'actuelle structure du cirque d'aujourd'hui) est venue épauler la maigre troupe du redémarrage de 1968. Si le déplacement en Angleterre laisse un beau souvenir, le voyage en Allemagne reste à jamais une grande équipée. En effet, faire plus de 1 600 kilomètres avec des véhicules âgés. Emporter trois tonnes de matériel, transporter une bonne quarantaine de personnes, c'est réellement une aventure, et sur ce point nous ne seront pas déçus.
L'année 71 fut une saison difficile. Tout commence en mai avec l'accident de Didier COLINET à la double barre. Lors du trop fameux «saut de la mort ». Didier heurte un des câbles de son appareil et tombe lourdement, blessé sérieusement à la cage thoracique. Il n'est plus question pour lui de voltige aérienne. La séance de juin à Étréchy est annulée mais il reste Ostrach ! Heureusement le CADETS' CIRCUS ne manque pas de ressources humaines avec des voltigeurs comme Christian CORMON et Bernard TURPIN. La seule ressource qui fait défaut est l'argent. Le Cirque finance seul son voyage et privé de son spectacle à Étréchy, il lui faut une autre source de revenus. Son «imprésario » Jacques ALDRY trouve un spectacle à Martizay (Indre) à plus de 400 kilomètres d'Étréchy et un dimanche soir. Nous ne sommes pas déçus avec des organisateurs de mauvaise foi, un retour héroïque où plus d'un chauffeur manque verser son véhicule dans le fossé, enfin, pour les plus âgés d'entre nous, une arrivée à Étréchy très matinale, le temps de se raser, de prendre son café et de partir au travail. Bref, l'essentiel est atteint : nous avons une avance financière et le CADETS' CIRCUS part jouer à Ostrach.
Vendredi 2 juillet : 3 heures du matin, le temps est au beau, nous partons. Le voyage est sans problème et le camion arrive à la douane de Strasbourg vers midi. Nous tombons sur des douaniers allemands particulièrement zélés.
Le camion chargé d'un matériel assez hétéroclite ne leur plaît guère. Son responsable Didier COLINET, frise à plusieurs reprises la crise de nerfs mais après mille tractations, le camion franchit le Rhin. Nous arrivons à Ostrach pour prendre un solide repas préparé par nos cuisinières (1) et un repos bien gagné.
Samedi 3 juillet : le temps est toujours au beau. Le cirque s'installe sur l'annexe du terrain de sports. Très vite, le matériel est sorti des camions. Le grand portique est assemblé, boulonné et mis en place. C'est ensuite l'installation des gradins (tout juste construits une dizaine de jours auparavant, avec bien des démêlés) et de l'entourage en toile. Nous sommes fiers de notre nouveau CADETS' CIRCUS.
Dimanche 4 juillet : après la messe et une rapide collation, les artistes attendent fébrilement. Mais ils sont vite rassurés, les gradins sont remplis, il faut aller chercher des bancs à la salle communale.
Le public est chaleureux, visiblement heureux de recevoir ses amis d'Étréchy. Didier COLINET, toujours handicapé, a pris le frac de Monsieur LOYAL, assisté d'une jeune et charmante traductrice BÉNÉDICTE. Quelques mots du spectacle qui commence par le grand CHARIVARI des AUGUSTES, un mélange de sauts et de pyramides. Au double trapèze, le DUO EIRAC, Christian CHANSARD porte le jeune voltigeur Éric SAVIGNAC, alors débutant. Autre troupe débutante, Francis CORDURIE, Claude et Bernard COSTANTINI sous le nom de « POP'ROLLING » présentent un joli travail d'équilibristes sur boules. Rémy CORDURIE et Guy SAVIGNAC sont les « BAGHERA », mélange de dislocation, de yoga et de main à main. Des clowns ensuite, parlant allemand dans l'entrée de la boxe automatique, RAYNAT (René DOGUET), NONO (Pierre COLLINET) et TEDDY (François COLINET) atteignent leur but : faire rire le public. NOROC (Christian CORMON) clôture la première partie avec le numéro de Didier COLINET présenté à Lydd tout en haut du portique. Voltigeur sans peur, NOROC est longuement applaudi par un public admiratif. « RUDROSS», une fantaisie acrobatique que présentent Pierre CORDURIE en policier anglais et Bernard COSTANTINI en Charlot, se termine par une belle succession de sauts périlleux sur des cubes empilés. C'est ensuite les poses plastiques de main à main du Trio ATLAS (Pierre MAISON, Christian CORMON et Bernard TURPIN) puis SUANG (Rémy CORDURIE) joliment costumé en chinois évolue sur fil de fer. PETER (Pierre CORDURIE) porte BERNART (Bernard COSTANTINI) sur une perche souple dans une présentation bavaroise qui obtient un beau succès populaire. ATOME (Francis THUILLlER), PÉPO (Pierre MAISON), FOX (Michel TERRIEN) et NONO (Pierre COLLINET) ont repris leur succès de la saison 70, l'entrée des « pompiers ». La débauche de matériel et de gags fait rire les spectateurs malgré des répliques données dans un allemand librement traduit. Le spectacle se termine par le grand tourbillon des « DRAN'REB » (Christian CORMON et Bernard TURPIN). Une ultime parade et il faut penser à démonter... Voilà vite, trop vite résumé notre spectacle à Ostrach. Nos amis allemands sont surpris agréablement par le spectacle, son enchaînement et la valeur artistique de la plupart des numéros. Gentille attention, avant la fin de la première partie, Monsieur WERNER, le maire adjoint, propose à ses concitoyens spectateurs une quête qui est acceptée chaleureusement et nous permet de boucher notre déficit. Monsieur GOETZ, alors président du Jumelage, nous dit sa joie et sa fierté de recevoir une jeunesse capable d'un grand exploit que représente, à ses yeux, un spectacle de cirque. Cela fait chaud au cœur des dirigeants et des membres du CADETS' CIRCUS.
Lundi 5 juillet : le retour n'est pas aussi joyeux. C'est d'abord la fuite de la pompe à huile du gros camion pendant l'ascension du Col de la Schlucht. Heureusement, Jean GAUTIER, calme et compétent, est là. C'est simple, il suffit d'avoir du carton pour refaire le joint et deux bâtons de sucette pour obturer les trous... Avec le savoir-faire de notre mécanicien qui n'est pas au bout de ses peines, c'est ensuite la batterie de la camionnette qui fait des siennes et le radiateur d'eau qui émet des vapeurs suspectes. Jean GAUTIER permute la batterie de sa voiture avec celle de la camionnette et quant au radiateur, il faut le remplir de plus en plus souvent. C'est donc une course contre la montre pour arriver avant la nuit (faute d'éclairage) avec une traversée ultrarapide de Colombey-les-deux-Églises, sans que les gendarmes se manifestent. Il faut alimenter le radiateur, un gouffre à eau. Francis THUILLIER et Pierre COLLlNET n'ont pas leurs pareils pour sortir de la camionnette, remplir le radiateur et repartir jusqu'à l'ultime étape. Nous arrivons vers 19 heures, fourbis et ravis tout de même. C'est un peu « l'exploit » de tous. A travers ce voyage à Ostrach, prend forme le CADETS' CIRCUS que nous connaissons aujourd'hui. Le petit cirque amateur commence à s'équiper, à entrevoir le spectacle sur une échelle plus vaste, à mettre une autre présentation en place. Et il reste ce goût du voyage, l'accueil charmant de nos amis d'Ostrach que nous aimerions bien retrouver un jour prochain mais avec le chapiteau et notre nouveau spectacle ! L’espoir fait vivre.
(1) Josette CORDURIE, Merryl DOGUET, Sylvette CHANSARD et Marie-Madeleine MAISON se multiplient sans compter pour nourrir une troupe d’affamés.
1977
En 1977, le Cadets’ Circus fête son 50ème anniversaire, avec beaucoup de faste, sous son chapiteau. Il a joué sous toile, pour la première fois, en 1974, sous un chapiteau FANNI, et il achète son premier chapiteau en 1975 (2mâts, 24 x 32 m, en coton). Aux jeunes attirés par le cirque sont venus se joindre des adultes devenus monteurs bénévoles. L’équipe complète atteint maintenant 100 membres.
1987
1987, le cirque d’Étréchy a beaucoup changé. Travaillant sous son second chapiteau (2 mâts, 30 x 40 m), équipé de moyens techniques modernes, il est réputé pour la qualité de sa présentation. Les filles, qui n’y avaient pas droit de cité à l’origine, et qui y sont entrées, presque sur la pointe des pieds en 1973, sont maintenant majoritaires, et ont apporté le charme, la grâce et un certain dynamisme.
1997
1997, les manifestations organisées pour célébrer le 70ème anniversaire se sont déroulées sous un chapiteau de 2000 places loué à FANNI. Salle comble que n’aurait pas pu accueillir le nouveau chapiteau (capacité 1150 places), acheté neuf en 1990 grâce à un emprunt. De la France entière, les anciens Cadets sont venus dire leur attachement à leur cirque qui les a marqués au plus profond d’eux-mêmes. Une impressionnante exposition à l’Hôtel de Ville retrace le chemin parcouru et démontre la richesse du passé, la foule d’expériences individuelles qui forment le véritable ciment de l’association. La vie du Cadets’ Circus est étroitement liée avec celle d’Étréchy : de nombreux « anciens » disent le bonheur de revoir les photos jaunies d’avant guerre. Au total, l’équipe regroupe maintenant près de 250 personnes.
Et l’histoire n’est pas terminée. A l’approche des 80 ans du Cadets’ Circus, l’ensemble de la troupe, les monteurs, les costumières et les techniciens sont fiers d’appartenir à une association probablement unique dans son genre, et qui n’a jamais été aussi jeune dans l’esprit. Rédacteurs : René Doguet, Francis Thuillier, Pierre Maison.
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