1927, les débuts |
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Bon nombre de personnes s’interroge sur les origines du Cadets’ Circus. Le Cirque d’Etréchy n’est pas né d’un coup de baguette magique et son fondateur, le Père André, n’est pas un personnage de légende. Il faut remonter à la société d’origine « Les Cadets de la Juine » Partons à la découverte des premiers pas d’une belle aventure vécue par plusieurs centaines de passionnés. Tout commence en 1921. La France sort meurtrie d’une longue guerre mondiale (1914-1918) qui a fait des millions de victimes. Le climat social est perturbé par des manifestations et des grèves violentes. Notre pays, avide de paix, est traversé par de grands courants politiques et souffre d’un anticléricalisme virulent (le passage d’un prêtre dans la rue déclenchait des « croassements »). L’Eglise catholique se dynamise et se préoccupe de l’éducation de la jeunesse au travers du scoutisme, des patronages. Etréchy est un reflet fidèle du climat national. C’est alors un village rural de 1.700 habitants, traversé par la Route Nationale, desservi par le chemin de fer et possédant plusieurs fermes au sein du même bourg.
Le Père André Regnault, Chanoine régulier de l’Ordre des Prémontrés est nommé Curé d’Etréchy le 20 février 1921. Il arrive de Montlhéry où, comme vicaire, il s’est beaucoup occupé des jeunes. Il vient reprendre spirituellement une Paroisse en léthargie. Le jour même de son installation, il organise une partie de ballon et entre directement en contact avec les jeunes d’Etréchy. Pour eux, il transforme le premier étage de son presbytère en salle de jeux et les jeunes arrivent : 10, 20, 30 et bientôt plus de 50 garçons, les filles allant chez les sœurs. Ils ont à leur disposition un billard, des jeux de société et ce patronage prend le nom « Les Cadets de la Juine ».
La place commence à manquer et tel Don Bosco, Saint Patron du Cadets’ Circus, le Père André cherche un endroit pour accueillir toute cette jeunesse. Une bonne « fée » veille en la personne de Madame Morin, Châtelaine du Château de Gravelles. Elle offre gracieusement, au Père André, le terrain que nous avons aujourd’hui. On ne souligne jamais assez la générosité de notre bienfaitrice qui aide, toute sa vie, notre Fondateur et ses jeunes. Le terrain est assez grand, occupé par une remise de voitures à cheval. Aussitôt, le petit baraquement est démoli et un solide bâtiment en pierre est construit (l’actuel emplacement de la scène). Son aménagement intérieur est l’œuvre des Cadets qui n’hésitent pas, chaque week-end, à se transformer en hommes du bâtiment. Par la suite, le Père André achète les éléments d’un hangar, les fait réinstaller à la suite de la bâtisse en pierre et complète le tout par des cloisons en carreaux de plâtre. Cet ensemble demeure tel quel jusqu’aux agrandissements de 1952 et 1954.
Les activités des Cadets de la Juine peuvent se multiplier : théâtre, football, équitation, musique, cinéma et gymnastique. Epaulé par l’Abbé Legros, un vicaire énergique, le Père André fait preuve d’une activité débordante et sait, avec talent, susciter les bonnes volontés.
La gymnastique
L’activité reine des premières années. Le Père André l’a découverte lors de son vicariat à Monthléry. C’est de cette petite ville que viennent les premiers moniteurs, n’hésitant pas à faire le trajet Etréchy/Monthléry en bicyclette, plusieurs fois par semaine. L’Abbé Legros est lui-même un excellent gymnaste. Rapidement les jeunes se perfectionnent aux mouvements d’ensemble, aux pyramides, à la barre fixe et aux barres parallèles. Ils atteignent un excellent niveau et participent activement au Championnat de France F.G.S.P.F. (3). Pratiquant pour la plupart une profession manuelle, les Cadets acquièrent très vite une solide musculature complétée par un entrainement rigoureux.
La Clique Plusieurs membres des Cadets de la Juine sont de bons musiciens. Pourquoi ne pas créer une Clique, un ensemble musical pouvant accompagner les démonstrations des gymnastes et ouvrir les défilés ? Dès 1922, elle voit le jour et cette solide formation compte jusqu’à 50 exécutants réunissant clairons, trompettes et trombones. Elle a fière allure en costume blanc, ceinture noire et l’écusson rouge « CJ » sur la poitrine. La discipline est assez stricte. Elle l’est d’ailleurs aussi au sein des Cadets de la Juine, reflet fidèle de cette époque (marquée par l’Armée française victorieuse), heureusement assouplie par la bonté naturelle du Père André.
Le Théâtre L’occupation le plus importante des Cadets. On y trouve des danseurs, des chanteurs, des comédiens accompagnés part un excellent orchestre. A son répertoire : le ballet de Coppélia, une opérette sur « la légende de Lustucru », des contes comme le « Petit Poucet », des tragédies classiques comme « Le Gondolier de la Mort », « Le Jongleur de Lavandin », « les Flavius », plusieurs revues sur des thèmes d’actualité… Les installations scéniques du théâtre sont, pour l’époque, de qualité, avec surtout une belle série de projecteurs permettant des effets spéciaux (à noter qu’en 1925, plusieurs habitations d’Etréchy n’avaient pas encore d’installation électrique). Les décors sont magnifiques signés par l’Abbé Legros (un artiste de talent) assisté de Louis « Coco » Yau.
Le Cirque Toutes ces activités fonctionnent régulièrement jusqu’en 1927. Depuis plusieurs mois, certains athlètes agrémentent leurs exhibitions gymniques par des exercices d’acrobatie proches du Cirque. Cela crée des discussions passionnées au sein même des Cadets de la Juine, plus particulièrement entre le Père André, passionné de Cirque, et l’Abbé Legros, gymnaste de formation. 1927, les responsables proposent « le Cirque » comme thème de spectacle pour la revue annuelle. Les gymnastes se transforment en acrobates, sauteurs, équilibristes sur chaises, fil-de-féristes, trapézistes. Le théâtre apporte sa contribution en donnant le régisseur, les garçons de piste, les deux équipes de clowns et l’orchestre.
La première troupe compte environ une vingtaine d’artistes. Nous sommes le 27 septembre 1927 et pour la première fois la troupe des cades de la juine prend le nom du Cadets’ Circus Nous ne possédons aucun programme de cette première représentation mais le compte-rendu dans "L'ABEILLE D'ÉTAMPES" du 8 octobre semble suivre assez fidèlement l'ordre des numéros.
Il y a d'abord l'ouverture par l'orchestre, celui qui, sous la direction de Monsieur Mouatt, accompagnait toutes les manifestations théâtrales des Cadets. Mais « il s'est mis lui aussi au goût du jour : deux cuivres excellents lui donnent tout de suite la note voulue et mettent du même coup le public en plein dans l'atmosphère du cirque ». Il faut préciser que cet orchestre accompagnera tous les numéros du programme. Je ne sais si j'ai moi-même assisté à cette première représentation, j'avais trois ans, mais je me souviens très bien de spectacles vers 1932 ou 33 où cet orchestre jouait encore : il y avait une contrebasse, des violons, des cuivres, un piano ; j'étais émerveillé mais trop jeune pour juger mais j'ai enregistré par la suite l'avis de gens qui se plaisaient à le reconnaître excellent.
(1) Le premier nom du cirque était effectivement orthographié Cadet's Circus et il le restera jusqu'en 1943, date à laquelle fut corrigée la petite faute d'anglais qu'il comportait. Cadet's Circus (le cirque du Cadet) devint alors Cadets' Circus (le cirque des Cadets). On pourrait également écrire Cadets Circus comme le firent nos amis de Lydd sur leurs programmes et affiches en 1969. Nous avons opté définitivement pour Cadets' Circus. (2) En fait elle sera vite oubliée car, dès l'année suivante, va apparaître sur la piste le trio "Tony" (Louis Yau), "Bobino" (Louis Mélart) et "Charley" (Eugène Yau), dont l'extraordinaire succès durera près de vingt ans. Le trio original se produira une dernière fois en 1952 pour le 25e anniversaire du cirque. (3) Cet agrès, fabriqué par Monsieur Lemaitre, père d'Henri, charron de son état, était si lourd qu'il fallut une brouette aux gars qui allèrent le chercher et qui le surnommèrent illico "la charrue". |